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Saillans : ce village qui appartient à ses citoyens

Depuis 2014, ce bourg du Vercors vit de la démocratie participative
Les initiatives citoyennes fleurissent à travers le pays et l’élection présidentielle a clairement mis en lumière une volonté croissante de se réapproprier la politique. La société civile en a profité pour prendre une place prépondérante au sein des campagnes électorales. Jusqu’au président fraîchement élu en a fait son axe de communication. Si bien du chemin semble encore à parcourir à l’échelle nationale, des expérimentations locales ont toutefois montré la direction à prendre.

À la recherche de la transparence
À Saillans, petit village de 1300 habitants surplombant le Vercors, les habitants n’ont pas attendu de nouvelles élections pour reprendre leur pouvoir d’agir. Depuis 2010, un projet de supermarché appuyé par le maire centriste a poussé des citoyens à s’organiser. Des réunions se sont tenues avec de plus en plus d’audience alimentant l’idée de se présenter collectivement aux municipales de 2014. « Nous avons fait le constat que nous ne votions qu’une fois tous les six ans », explique celui qui a été symboliquement choisi comme édile, Vincent Beillard. « Nous avions face à nous une caricature de maire omniprésent entouré d’élus peu impliqués. Et surtout un manque crucial de transparence. Il gérait son village comme une entreprise, dans le secret. Le pilier de notre mouvement, c’était cette recherche de transparence. Le fait que nous étions écartés des décisions communales a été le déclencheur. C’était à nous de reprendre cette vie citoyenne.»

Commissions thématiques et groupes d’action-projet
La liste «Autrement pour Saillans, tous ensemble», qui après plusieurs réunions s’est constituée sous forme de démocratie participative, se constitue. « Au début, nous étions 100, puis 400… », ajoute Vincent Beillard. Le succès est total et ces habitants remportent les suffrages avec 57% des voix. Mais vient le plus difficile, mettre en place une nouvelle forme de gouvernance qui, à coup sûr, chamboulera le bourg du Vercors. « Nous avons mis en place deux formes d’action: les commissions thématiques et les groupes d’action-projet », explique le Drômois. « L’ensemble des actions est réalisé en participation. Nous ne sommes plus dans l’entre-soi. Bien sûr, cela ne s’est pas fabriqué dans la facilité. La gouvernance a tellement bousculé les codes que beaucoup sont perdus. Pour autant, notre méthode plaît. » À titre d’exemple, un panel de 10 citoyens tirés au sort accompagnera 5 élus dans la révision du PLU.  Une manière de faire originale qui semble attirer les habitants mais aussi les journalistes locaux puis nationaux. Une couverture médiatique sans précédent va toutefois se révéler contre-productive puisqu’elle va activer la boîte à clichés que des élus rivaux vont pouvoir utiliser contre la nouvelle équipe municipale.

Les freins à la démocratie participative de Saillans
C’est l’une des principales difficultés de la nouvelle gouvernance : l’accueil dans l’intercommunalité. Saillans partage notamment le territoire avec un certain Hervé Mariton (Les Républicains), maire de Crest, qui ne voit pas d’un bon oeil l’arrivée de ces novices de la politique. « Nous ne sommes pas encartés et on nous a rapidement mis à l’écart alors que nous représentons le 3e territoire de l’interco. Certains nous appellent les ‘tchoumtchoums’. C’est l’équivalent des babacools dans notre patois. », s’agace Vincent Beillard. « Les enjeux politiques y sont très forts. Il y avait un fantasme de certains élus qui méprisaient le fait que nous n’avions aucune expérience politique. Hervé Mariton a bloqué la candidature d’une vice-présidence. Ce n’est qu’après 3 ans et bien des remous que j’ai pu obtenir la vice-présidence à l’énergie. » Les nouveaux élus vont également subir la dureté de l’investissement sur le long terme et doivent encore aujourd’hui répondre à l’usure inhérente à ce genre d’exercice. Les projets sont parfois longs à mettre en œuvre et demandent beaucoup d’énergie. Quant aux égos, ils n’ont pas pour autant déserté la mairie. Mais l’équipe apprend à faire avec. « La gouvernance collégiale et le fait d’avoir du débat public amortit le problème des égos », estime le Saillanson. « Nous sommes avant tout un groupe humain. Il est normal que le problème de l’égo se pose à un moment. Pour autant, chaque décision est forcément prise collectivement et en toute transparence. Nous avons donc toujours cette vigilance. Et quand quelqu’un est mécontent d’une décision, nous prenons le temps de ne pas le laisser dans une certaine rancœur. Nous débattons beaucoup.»

« Quand on voit tout ce qui a été fait, c’est formidable »
Trois ans après leur élection, l’heure est au bilan de mi-mandat. Si bien des choses restent à améliorer, Vincent Beillard en est fier. « Nous sommes largement satisfaits », tranche-t-il. « Bien entendu, nous voulons toujours plus mais quand nous regardons ce qui a été accompli, c’est formidable. Pour les vœux du maire, nous avons imprimé, sur une bâche de 5 mètres sur 3, une spirale chronologique reprenant tout ce que nous avons réalisé en 3 ans. Et ça nous a nous-mêmes surpris. Cela pourrait être mieux, notamment en termes de participation des jeunes. Toutefois, nous avons gagné au niveau de la transparence. Si jamais une autre équipe venait à nous succéder, elle ne pourra pas revenir dessus. C’était le grand changement souhaité.»

« Pas une question d’échelle, une question d’identité »

Beaucoup se demanderont si un tel mouvement est faisable à une échelle plus importante ou si c’est justement la petite échelle de Saillans qui permet la pleine vie de cette démocratie participative. « Oui, c’est transposable à une plus grande ville », tranche Vincent Beillard. « Je vais souvent à Grenoble où bien des choses sont faites dans ce sens. Je connais des gens à Kingersheim. Ce n’est pas tant une question d’échelle mais d’identité. Ce qu’il faut, c’est une identité au village ou à la ville. Ce qui a été fait à Saillans sera différent ailleurs. En cas de manque d’identité, cela peut être problématique… Ou alors moteur. »
Le regard tourné vers les trois prochaines années, Vincent Beillard et son équipe vont devoir entretenir la flamme citoyenne au sein de Saillans. Pour y parvenir, ils ont d’ores et déjà deux chantiers : les budgets, pour lesquels une agora sera organisé. « Les citoyens pourront ainsi débattre de chaque budget », conclut l’édile. « Nous pourrons dire où on en est, tout ce qui a été réalisé, les désirs de chacun pour l’avenir, les coûts éventuels et les subventions possibles. Il y aura aussi la révision du Plan local d’urbanisme avec ce panel qui accompagnera des élus dans l’élaboration de celui-ci. » Et pour ces deux missions, les citoyens seront à nouveau amenés à enfiler le bleu de chauffe.