Vous êtes ici

Block title
Block content

Finance, économie sociale et solidaire…. À quoi ressemble l’économie du futur ?


« Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera pas élu. Et pourtant, il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. » Cette phrase lâchée par François Hollande lors d’un discours au Bourget à l’occasion de l’élection présidentielle 2012 avait suscité un écho infini au sein de la population. Dire que le monde de la finance n’a pas bonne presse relève de l’euphémisme. Cinq ans plus tard, son image diabolisée ne s’est guère améliorée. Toutefois, voir la finance comme une entité toute-puissante par rapport à la politique, peut s’avérer assez éloigné de la réalité.

« La finance n’est pas l’ennemie du peuple, c’est la distance qui l'est »
Nicole Alix, présidente de la Coop des Communs, qui réunit des activistes, des chercheurs, des militants et des entrepreneurs de l'économie sociale et solidaire, nous offre un regard plus nuancé sur le rapport entre la finance et la gouvernance démocratique ainsi que sur les limites du capitalisme financier. « Le politique n’est pas impuissant par rapport à la finance. Le pouvoir public est fait pour gérer des contraintes et des potentialités. », explique-t-elle. « Ce n’est pas non plus la finance qui est l’ennemie du peuple. La finance appartient aussi au peuple (fonds de travailleurs) » Mais le problème vient de « la distance entre les investisseurs et les objets que l'on veut financer. »

Les problèmes qui créent cette distance peuvent s’avérer nombreux et alimentent ainsi la diabolisation sur la supposée toute-puissance de la finance. A titre d’exemple Nicole Alix prend le cas suivant : « Je suis une entreprise et je lance un appel à la finance internationale ou celle de mon pays pour dire ‘j’ai un besoin, quel est l’investisseur qui peut répondre à ce besoin ?’ ». « Le problème est que cet investisseur ne sait pas qui vous êtes. C’est la banque qui dispose d’informations sur vous. La finance travaille avec de grandes bases de données nourries au fur et à mesure. Or, cela a un coût et des tas d’organisations ou de formes d’organisations atypiques, comme des associations ou des biens communs non marchands, ne sont pas prises en compte dans ces bases de données… »

Limites et court-circuit de la finance
Mais alors que faire pour trouver des alternatives au sein du circuit vertigineux de la finance ? Pour la membre du Comité d’Orientation de l’IRG, « on essaie de montrer que, parfois, le circuit direct du producteur au consommateur est plus efficace que celui qui fait intervenir des intermédiaires car ces derniers font augmenter le prix. Beaucoup d’appels à la finance participative et pour des fonds de développement des territoires ont lieu ces derniers temps. On constate que les gens sont prêts à se mobiliser de manière plus différenciée et plus forte. » La relation entre la finance et le public semble donc profondément évoluer et la tendance semble poursuivre ce chemin. Ce qui amène les spécialistes de l’économie sociale et solidaire à imaginer l’économie du futur.

« Penser à un système de subsidiarité positive »
« Quand nous imaginons l’économie du futur, nous savons que les gens eux-mêmes sont capables de mobiliser leur propre énergie », tranche Nicole Alix. « Cependant, cela ne signifie pas que l’on imagine l’économie sociale et solidaire dans un système libéral où on dirait aux citoyens ‘débrouillez-vous’. Il faut penser un système de subsidiarité positive dans lequel cette mobilisation du premier cercle de soutien puisse être encouragée sur le plan financier. Le tout par une régularisation publique et un financement public adapté. »

L’économie sociale et solidaire au service de l’intérêt général
Si l’on oppose parfois secteur privé et économie sociale et solidaire (ESS), la membre de la Coop des Communs rappelle que les deux peuvent servir le même intérêt. La dernière représente la branche de l’économie qui regroupe les organisations privées telles les entreprises, les associations ou les fondations. Pour Nicole Alix, l’ESS est « le résultat d’engagements de la société civile dans des réponses qui prennent une forme économique à des besoins sociaux » Elle cherche à concilier activité économique et équité sociale. « Bien sûr, l’économie sociale et solidaire est souvent tournée vers l’intérêt général. Mais elle l’est aussi vers des intérêts collectifs, parfois privés. Lorsque l’on indemnise des personnes qui se mobilisent pour trouver une réponse à leurs besoins, cela peut être considéré comme privé. Mais c’est aussi tourné à un collectif qui sert l’intérêt général. Par exemple, les services pour enfants et adolescents handicapés sont souvent développés par des parents d’enfants handicapés. Cette mobilisation répond à un besoin et représente un volume de ressources important. Les pouvoirs publics vont ensuite relayer ces actions. » Selon elle, une économie du futur vient « d’une action collective qui se place aux côtés de l’action de l’Etat et des collectivités territoriales, avec le respect d’une lucrativité limitée ou d’une non lucrativité, avec l’implication des personnes ».Pour l’IRG, Nicole Alix appelle les pouvoirs publics à « se rendre compte que ce n’est pas toujours eux qui arrivent à nommer les besoins » et à savoir « établir des partenariats avec des formes d’organisations, notamment de la société civile, qui pilotent avec des signaux faibles ».