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Ce que les citoyens attendent de l’Europe

Les candidats sont divisés sur la question européenne
Le 25 mars, nous fêtions les 60 ans du Traité de Rome, le texte fondateur de l’Union européenne. À cet anniversaire, celles et ceux que l’on nomme « les eurosceptiques » ont chanté « À quand la retraite? » Les autres sont péniblement audibles peu après le Brexit. Car, en 2017, il est devenu très difficile de dire du bien de l’Union européenne sans recevoir une salve de critiques acerbes. Si les explications s’avèrent multiples, la raison est simple : l’Europe s’est considérablement éloignée de ses citoyens qui ne voient en elle qu’un lointain mirage ou un mur bloquant.
À l’occasion de cette élection présidentielle, la question européenne a toutefois fini par s'immiscer dans le débat. La question majeure sonne comme un préambule d’un nouveau livre : Quelle Europe voulons-nous à l’avenir ?


Le collectif Citizens for Europe (http://www.citizensforeurope.eu) représente une organisation civile qui s'engage autour des thèmes de la diversité, migration, citoyenneté et la représentation politique au niveau local en Europe. Ses membres s'attellent à développer des projets, des campagnes et du contenu autour de ces thématiques. Et leur constat sur le fossé qui sépare citoyens de l’Union européenne est sans appel. « Les citoyens européens se sentent souvent peu informés, explique l’une des responsables du site et chargée de projet, Séverine Lenglet. On peut donc mettre en cause le déficit démocratique de l'UE, son absence mais aussi le faible développement d'une opinion et le faible développement voire l'absence d'une opinion publique transeuropéenne. Quant au pouvoir des lobbys financiers et de l'industrie sur les institutions européennes, il a fortement contribué à la défiance des citoyens envers les élites européennes. » Si toutes les propositions ne sont pas à jeter, il existe souvent un réel fossé entre la vision citoyenne de l’Europe et les idées des candidats. Regardez plutôt...

Macron, les conventions ciblées
Dans un précédent billet, Pierre Calame l’évoquait : « Au Parlement européen, on brûle des cierges pour un ticket Macron-Schultz! » C’est dire que la position d’Emmanuel Macron envers l’Europe semble porteuse d’espoir pour bon nombre d’acteurs. Pour sauver le soldat UE, le candidat d’En Marche veut sceller un compromis entre la France et l’Allemagne. La reconstruction européenne passe, selon lui, par une relance du couple franco-allemand et dans une série de conventions dans chacun des pays membres d’ici à 2018. Ces conventions cibleraient cinq domaines distincts : la sécurité, la croissance, la mondialisation, le développement durable et le numérique. « Organiser des conventions démocratiques est une bonne idée mais elles ne devraient pas se concentrer uniquement sur quelques thèmes, nuance Séverine Lenglet. Elles devraient prendre en considération la volonté politique des citoyens en engageant un grand nombre d'organisations représentatives dans divers domaines et de tous les États membres. On pourrait aussi donner plus de poids à l'initiative citoyenne européenne. Pourquoi pas lui permettre de déclencher une convention lorsqu'elle a réussi à atteindre un million de signatures ?» Lors du Grand Débat, le candidat d'En Marche a affirmé avoir: "l'Europe au cœur" avant d'émettre le souhait d'une "Europe qui protège."

Hamon, une Europe plus fédérale et démocratique
Le candidat du Parti socialiste n’a jamais apprécié l’orientation libérale prise par l’Europe ces dernières années et a souvent pointé du doigt, le « manque de démocratie. » En s’entourant de l’économiste Thomas Piketty, le gagnant de la primaire du PS a pris lui-même un tournant. S’il fait un constat amer d’une Europe trop éloignée du peuple, il propose un « projet de traité de démocratisation de la gouvernance économique de la zone euro. » « L’idée est salutaire car elle cherche à bouleverser le statu quo, estime le collectif. Mais le principal obstacle est la faible probabilité d'un consensus transeuropéen pour cette nouvelle instance. » Quant au souhait de Benoît Hamon de voir les députés issus des Parlements nationaux et européen pouvoir prendre les décisions, elle apparaît insuffisante. « Elle ne va pas assez loin car ça ne remet pas en cause le rôle de la Banque centrale européennne et les orientations économiques actuelles de l’UE. » C'est ce qu'il a répété à l'occasion du Grand Débat ne s'abaissant pas "aux mesures austéritaires de l'Allemagne." 

Une proposition qu’il partage avec Jean-Luc Mélenchon fait toutefois l’unanimité, c’est l’idée du salaire minimum européen. « Ce serait un bon moyen d'augmenter le niveau de vie des travailleurs les plus vulnérables, note-t-on du côté de Citizens for Europe. Mais aussi de lutter contre le dumping social et de relancer l'intégration sociale de l'Europe. Il faut simplement qu’il y ait une convergence vers les plus hauts standards sociaux. »

Mélenchon, la « sortie concertée » des traités
Il fait le même constat que Benoît Hamon sur la faiblesse de la démocratie européenne mais s’oppose à lui dans les idées. Jean-Luc Mélenchon souhaite, pour sa part, « désobéir aux traités » et « réorienter l’Europe ». Le candidat de La France insoumise souhaite tout bonnement sortir de certaines règles imposées par les traités européens, voire la sortie pure et dure de ces traités. Un souhait qu'il a martelé lors du débat à 11 sur Cnews et BFM TV. Il s’oppose aussi à une Europe de la Défense et propose la fin de l’indépendance de la Banque centrale européenne pour mettre en place « un protectionnisme solidaire. »

Fillon et le changement institutionnel
Empêtré dans les scandales, ses cinq priorités pour l’Europe n’ont été guère audibles. Pour autant, François Fillon a émis le souhait d’une politique de l’énergie et d’une politique des frontières. Favorable à une « politique de défense et de sécurité » commune?, le candidat Les Républicains entend radicalement changer le code institutionnel. « Cela sonnerait la fin de l'Union européenne à 28 pays avec un Parlement et une Commission qui sont les instruments de la construction d'un système fédéral », lache-t-il. Lors du Grand Débat, le candidat de la droite et du centre a par ailleurs lancé avoir "besoin de l'Europe. Il faut qu'elle se concentre sur la monnaie. Que cette monnaie devienne une monnaie internationale."

Les eurosceptiques en roue libre

Soyons honnêtes, l’Europe, qui s’est considérablement éloignée de ses citoyens, a ouvert la boite de Pandore. Dans un contexte où les populismes ont le vent en poupe, les candidats anti-Europe sont majoritaires. À leur tête, Marine Le Pen évoque le retour à la monnaie nationale, une sortie de l’euro et un rétablissement des frontières nationales. Nicolas Dupont-Aignan veut « remplacer l’Union européenne par une Communauté des États européens ». François Asselineau martèle son « Frexit » à coup d’affiches et l'a répété lors du débat. Et Jacques Cheminade n’a, ni plus, ni moins, que la même « idée ». Il veut "sortir de l'UE, de l'euro et de l'OTAN pour créer une autre Europe des patries." Un discours que ne partage pas Jean Lassalle pour qui "de bonnes choses ont été acquises grâce à l'Europe." Quant à Nathalie Arthaud et Philippe Poutou, la question européenne n'apparaît pas prioritaire. La première y voit "une diversion." Quant au second, il parle du "danger du protectionnisme" et de sa volonté d'une "lutte des peuples pour une Europe solidaire."
« Pour se réapproprier positivement la question européenne lors d’un débat électoral, il faut du courage politique, lance Citizens for Europe. Ceux qui croient encore dans le projet européen devraient se mobiliser et mettre en avant les dangers réels d'un retour en arrière. Pour cela, les acteurs politiques devraient avant tout oser reconnaître les erreurs du passé, défier le statu quo et remettre en cause les politiques d’austérité. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »

La refondation de l’Europe par le bas ignorée par les candidats?
Face à un scepticisme qui monte depuis une décennie, il serait temps qu’un candidat parvienne à enfin rapprocher l’Europe de ses citoyens. Plus encore que la relation franco-allemande ou une Europe, c’est une véritable démocratie européenne qu’il semble essentiel de promouvoir. Et il faut bien dire que l’entrée, bien que tardive, de la question européenne dans le débat électoral est une bonne nouvelle. Car il est impensable de projeter un "avenir désirable" de la France sans penser son lien à l’Europe et au monde. en ces temps violents la raison d’être de l’Europe, construite une paix durable, rattrape l’actualité.

« Il faudrait renforcer la place de la citoyenneté européenne, conclut Séverine Lenglet. "Des idées comme créer de vrais partis européens et favoriser le développement d'une sphère publique européenne doivent émerger. » Il est aisément vérifiable que les propositions apportées par des collectifs citoyens tels que Citizens For Europe sont en total décalage avec ceux des candidats. La refondation par le bas semble tout simplement être mise à l’écart.

Au futur président de montrer que l’Europe n’est toutefois pas prête d’être envoyée à la retraite mais au contraire qu’elle reflète les aspirations des populations européennes et qu’elle renforce la construction de notre devenir national et commun tant sur le continent que dans le monde. Au futur Président être l’initiateur d’une nouvelle gouvernance démocratique légitime pour la France et pour l’Europe.